Il y a des parcours qui déconcertent, des retournements qui blessent le bon sens. Diongo en offre un exemple saisissant : hier haranguant la rue contre Hyppolite Kanambe — alias Joseph Kabila — et payant le prix fort pour son engagement, aujourd’hui retrouvant ses pas aux côtés de celui qu’il qualifiait alors de « diable en personne » ou encore le «mal congolais». L’histoire politique congolaise sait réserver de telles métamorphoses. Elles interrogent, elles inquiètent, et surtout elles appellent un jugement sans complaisance.
En 2016, alors que la nation exigeait le respect de la Constitution et le départ d’un président dont le mandat avait expiré, Diongo fut l’un de ceux qui se dressèrent dans l’avant-plan. Arrêté, torturé, emprisonné, blessé, il sortit de ces épreuves auréolé, aux yeux d’une opinion publique, d’un statut de martyr, un « héros vivant » pour certains. Sa libération, en 2019, par le président Félix-Antoine Tshisekedi, fut perçue comme un geste politique porteuse d’un nouveau chapitre. Mais la politique n’est pas un sacrement ; elle est une succession de calculs, d’alliances et de compromissions.

Que penser dès lors de ce qui se joue en 2025 ? Comment comprendre que l’ancien geôlier retrouve aujourd’hui son bourreau d’hier et le béatifie pour le présenter comme le sauveur, au point d’apparaître aux côtés de ceux qui, par des canaux détournés, favorisent la guerre contre la République — via des proxys rwandais tels que l’AFC/M23 —, et participent ainsi indirectement au pillage et aux morts dans l’Est du pays ? Le motif avancé — un règlement de comptes pour un poste que Tshisekedi n’aurait pas accordé — réduit la grandeur du débat public à une simple transaction. C’est affligeant.
La question n’est pas l’opposition — la dissidence est saine dans une démocratie — mais l’esprit qui l’anime et les alliances qu’elle engendre. Quand l’opposition se construit sur la trahison des souffrances passées, sur la connivence avec des forces étrangères qui mettent en péril l’intégrité territoriale, elle cesse d’être force de proposition pour devenir agent de déstabilisation. Et c’est précisément ce glissement qui doit alerter le pays.
Franck Diongo est, dans ce récit, un symptôme : il incarne une caste politique congolaise qui a fait de l’opportunisme son régime. Prédatrice, égotiste, versatile — cette élite fonctionne au gré des intérêts privés plutôt qu’au service de l’intérêt général. Certains de ses représentants se drapent même dans des habits réformateurs tout en perpétuant les logiques clientélistes et la prédation des ressources. Pire, leur comportement risque de contaminer la relève politique si l’on n’y prend garde.
Face à ces dérives, le rôle de l’État et du gouvernement est double : défendre la légalité et rappeler sans relâche la primauté de l’intérêt national. Saluer la clairvoyance et la fermeté de la présidence Tshisekedi dans ces moments n’est pas un acte de complaisance, mais une reconnaissance du choix politique fait — celui de préserver la souveraineté, d’apaiser les tensions et de mettre en place des réponses structurelles aux crises sécuritaires et sociales. Là réside la seule politique durable : celle qui refuse les accommodements avec les intérêts étrangers et qui construit la confiance par des institutions fortes.
Le peuple congolais, qui a payé si cher l’instabilité, mérite mieux que des chamailleries d’appareil et des retournements sans principes. Il mérite des élites responsables, capables d’endosser l’intérêt commun et de s’élever au-dessus des petites mésententes personnelles. Diongo, en devenant l’allié de ceux qui l’ont jadis brisé, offre une leçon amère : la mémoire politique peut être vendue au premier profit ou au mieux offrant.
Il appartient donc aux acteurs sincères: forces politiques, société civile, médias indépendants et citoyens engagés de démasquer ces impostures et de promouvoir une nouvelle génération d’hommes et de femmes publics qui placent la Nation avant leur cour. L’Union sacrée des intentions ne doit pas être confondue avec l’union des intérêts privés. La République ne tolèrera pas que sa cause soit instrumentalisée.
En définitive, ce « diable hier, sauveur aujourd’hui » n’est pas une fable isolée : c’est un avertissement. Si la démocratie congolaise veut mûrir, elle devra apprendre à juger les actes plus que les slogans, la constance plus que l’opportunisme. Et surtout, elle devra continuer de soutenir les institutions et les dirigeants qui, malgré leurs imperfections, s’attachent à défendre l’unité et la dignité du pays. Face aux renversements de façade, la patrie appelle la clarté, la responsabilité et le sens du bien commun. Le salut du Peuple c’est la loi suprême, insiste le Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Ne Kakinankaziko Mayola
