Ce qui devait être un moment de renouveau pour le cyclisme congolais tourne à une véritable farce institutionnelle. L’élection du comité exécutif de la Fédération Congolaise de Cyclisme (FECOCY), prévue ce samedi 18 octobre 2025 quelque part dans la capitale, se déroule dans une opacité totale et ressemble à un simulacre orchestré par le très contesté comité Motayo, en place depuis plus de vingt ans.
La FECOCY n’a plus organisé la moindre compétition nationale d’envergure il y a six ans. Les coureurs livrés à eux-mêmes, et la flamme du cyclisme congolais s’étiole lentement. Pendant ce temps, son président, Motayo, gère la fédération à distance…depuis les États-Unis, où il réside depuis plusieurs années au mépris des textes en vigueur.
Son nom est devenu, à Kinshasa comme dans les ligues provinciales, synonyme de népotisme, clientélisme et verrouillage clanique. L’homme se comporte, selon plusieurs cadres sportifs, « comme un chef coutumier dans son fief », transformant la fédération en une affaire familiale : trois de ses proches parents, dont ses propres enfants, siègent au comité fédéral — une situation que d’aucuns qualifient de « confiscation dynastique ».
Le résultat ? Une reconduction annoncée du même comité, pour un nouveau mandat, sans débat, sans concurrence, sans transparence.
À ce jour, la fédération de cette discipline sportive ne dispose d’aucun siège officiel. Ses rares réunions se tiennent au gré des circonstances, dans des buvettes et bistrots éparpillés à travers Kinshasa. Symbole d’une gestion hasardeuse, ce comité affiche un bilan désespérément vide, sans le moindre résultat tangible à mettre à son actif.
Selon nos informations, la liste des candidats approuvée par la commission électorale ne compte que des membres sortants. Un scénario cousu de fil blanc qui a provoqué l’indignation des athlètes et des encadreurs.

« Nous pensions que ces élections allaient marquer un tournant. Mais on découvre que Motayo et les siens se succèdent à eux-mêmes », fulmine un entraîneur kinois sous couvert d’anonymat.
L’atmosphère est tendue, au point que certains redoutent une explosion de colère dans les milieux des amateurs, acteurs et dirigeants du cyclisme.
Plusieurs voix pointent désormais la dimension politique de cette crise. Le président Motayo, présenté comme cadre du PPRD, serait motivé, selon certains observateurs, par des considérations partisanes : maintenir la fédération dans un état de dépendance, quitte à saborder toute perspective de réforme.

Autrefois, le cyclisme congolais faisait vibrer les foules et portait les couleurs nationales dans les compétitions africaines. Aujourd’hui, il n’est plus que l’ombre de lui-même, victime d’un système verrouillé, usé, sans vision ni transparence.
À moins d’un sursaut politique et institutionnel, le cyclisme national risque de disparaître définitivement du paysage sportif congolais, étouffé par un clan qui a confondu mandat fédéral et propriété privée.
Pendant que le comité Motayo s’enferme dans l’immobilisme, d’autres leaders du cyclisme continuent, souvent sur fonds propres, à maintenir vivante cette discipline autrefois porteuse d’espoir.
On peut citer dans ce lot: Abraham Luakabuanga et son équipe qui organisent une moyenne de vingt courses la saison et les athlètes sous son encadrement prennent part aux compétitions internationales notamment en Angola. À Goma, le Président Spraya fédère la jeunesse autour du sport à vélo avec des courses régulièrement. Ces acteurs de terrain cités ci-haut, reconnus pour leur engagement et leur rigueur, ont été systématiquement exclus du processus électoral.
Alain Yanda, au Katanga, a même été radié par la Fédération alors qu’il a organisé une course dont le premier prix n’était rien de moins qu’une voiture. Oui, vous avez bien lu, une voiture.
Dans le même registre d’injustice, figure également le Camerounais Guy Charles Makombo Ndoube Toube, passionné de cyclisme et président de l’un des clubs les plus structurés du pays, basé à Goma, a vu sa candidature purement et simplement écartée, malgré ses multiples contributions au développement de la discipline.
Et que dire du vice-ministre honoraire de la Santé, le docteur Hollen, lui aussi victime de cette mise à l’écart savamment orchestrée par un comité plus soucieux de préserver ses intérêts que de promouvoir le cyclisme congolais.
Face à ce chaos organisé, les amoureux du sport à vélo appellent le ministre des Sports, Didier Budimbu, à suspendre ces élections et à ordonner un audit complet de la FECOCY.
« Le ministre doit agir avant qu’il ne soit trop tard », plaide un dirigeant sportif de Kinshasa. « Son silence serait interprété comme une complicité passive dans la destruction du cyclisme congolais. »
