La récente décision du ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, de suspendre le processus électoral au sein du Comité Olympique Congolais (COC) a été largement saluée par le public sportif national. Cette mesure, justifiée par un manque de transparence et de multiples doléances, est perçue comme un signal fort en faveur de la bonne gouvernance. Cependant, cette fermeté contraste de manière frappante avec l’inaction observée dans un dossier tout aussi critique: celui de la Fédération Congolaise de Cyclisme (FECOCY).
Dans un communiqué officiel, le ministère des Sports a annoncé la « suspension provisoire de l’Assemblée Générale Ordinaire et du processus électoral » du COC, initialement prévus le 14 novembre courant. Didier Budimbu évoque son attachement à « la bonne gouvernance, à l’équité et à l’éthique » et fait suite à des « allégations de violations présumées des procédures établies, remettant en question l’équité et la transparence du processus électoral ».
Cette intervention est considérée par de nombreux observateurs comme une bouffée d’oxygène pour le mouvement sportif congolais souvent miné par des querelles intestines et des processus électoraux opaques. En exigeant la mise en place d’un cadre de concertation pour garantir un scrutin impartial, le ministre Budimbu pose un acte d’envergure visant à préserver l’intégrité dans les milieux sportifs en République Démocratique du Congo.

Le cyclisme, le grand oublié ou le sacrifié?
Si l’action du ministre est largement applaudie, elle soulève néanmoins une question amère chez les amateurs de la petite reine: pourquoi cette politique de deux poids, deux mesures ? En effet, les mêmes maux dénoncés au COC: opacité, mise à l’écart des candidats (adversaires) sérieux et violations des textes ont caractérisé le récent processus électoral à la Fédération Congolaise de Cyclisme. Pourtant, dans ce cas précis, le ministère de tutelle est resté silencieux, entérinant de fait la réélection contestée du « comité Montayo ».
Les critiques fusent de toutes parts. Le comité sortant, qui a pris le cyclisme congolais en otage, a été reconduit dans des conditions troubles. Son président, qui réside en permanence aux États-Unis, gère la fédération à distance, au mépris total des dispositions réglementaires qui exigent une présence effective sur le territoire national. Pire encore, il a été réélu avec trois membres de sa propre famille au sein du comité exécutif, installant un népotisme flagrant à la tête d’une discipline qui jadis faisait la fierté du pays.
Les véritables acteurs du cyclisme, ceux qui organisent des compétitions avec leurs propres moyens et se battent pour la pérennisation de ce sport, ont été systématiquement écartés du processus électoral. Le résultat est sans appel: un cyclisme à l’agonie, manque d’organisation, privé de leadership, de vision mais aussi de compétitions.
Les sportifs congolais, tout en félicitant le ministre Budimbu pour sa rigueur concernant le COC, restent circonspects et l’appellent à faire preuve de la même cohérence pour le cyclisme. « Pourquoi ce qui est valable pour l’olympisme ne le serait-il pas pour la petite reine ? », s’interroge un ancien coureur sous le couvert de l’anonymat. Quel crédit peut-on accorder à un comité issu d’un processus vicié au départ? Quelle valeur juridique peut-on revêtir les actes posés par des dirigeants issus d’une élection qui n’a pas respecté les lois et règles régissant le sport en général et le cyclisme en particulier.
L’autorité de tutelle est désormais face à ses responsabilités. Pour être crédible dans sa quête de bonne gouvernance, elle se doit d’appliquer les mêmes remèdes aux mêmes maux. Le ministre Didier Budimbu ferait œuvre utile en se penchant sur le cas de la FECOCY et en sévissant avec la même fermeté pour déloger un comité qui a confisqué l’avenir de toute une discipline. Il en va de la survie de ce qui reste du cyclisme en RDC et de la confiance que le mouvement sportif place en son autorité de tutelle.
Il n’est pas tard pour bien faire, dit-on…
Ne Kakinankaziko Mayola
