La décision d’Augustin Kabuya de suspendre trois secrétaires nationaux de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), parmi lesquels Abraham Luakabuanga et Antoine Ababifuanina, vient de provoquer une onde de choc au sein du parti présidentiel. Officiellement motivée par des « manquements à la hiérarchie » et des « propos irrévérencieux », cette mesure ne reposant sur aucune disposition légale, règlementaire ou statutaire régissant le parti tshisekediste suscite un profond malaise dans les rangs de la formation historique fondée par feu le Docteur Étienne Tshisekedi, d’heureuse mémoire.
Aux yeux des cadres et combattants, cette suspension enfreint les textes qui encadrent la vie interne du parti, en particulier le règlement d’ordre intérieur et les statuts, tout en bafouant le droit élémentaire à la défense. Un geste jugé d’autant plus inopportun que le président Félix Tshisekedi, haute autorité politique de référence, venait à peine d’obtenir la réunification des deux ailes rivales de l’UDPS, appelant à tourner la page des divisions pour consolider la cohésion interne.
À l’heure où les cicatrices d’années de querelles intestines commençaient à se refermer, la décision d’Augustin Kabuya apparaît comme une entorse aux efforts de réconciliation engagés par le chef de l’État. Loin d’apaiser les tensions, elle menace au contraire de rouvrir des fractures que le parti s’efforçait laborieusement de combler.
En filigrane, certains cadres du parti y voient une manœuvre politique visant à garder la mainmise sur les futures assises de l’UDPS. Kabuya, accusé par une frange importante du parti de vouloir contrôler le processus conduisant au congrès, a écarté deux figures connues pour leurs critiques acerbes à sa gestion. Abraham Luakabuanga et Antoine Ababifuanina, réputés proches du secrétaire général adjoint Déo Bizibu, chef de file de la fronde anti-Kabuya, paieraient ainsi le prix de leur opposition à une gestion jugée opaque et solitaire. Ils seraient des tenants de l’aile dure de cette faction de l’Udps

Cette décision unilatérale, dénoncent plusieurs cadres, risque de fragiliser davantage un parti déjà éprouvé par des luttes internes à répétition. En privilégiant la sanction au dialogue, Augustin Kabuya prend le risque de compromettre l’image d’une UDPS qui, pendant des décennies, a incarné le combat pour la démocratie et l’État de droit.
Alors que le Président Félix Tshisekedi s’efforce de maintenir l’unité de sa famille politique à l’approche des grandes échéances, la suspension de ces secrétaires nationaux, dépourvue de tout fondement statutaire et légal, va bien rallumer les braises d’une crise que beaucoup croyaient définitivement éteinte.
Ne Kakinankaziko Mayola
