Chronique
RDC : la paternité encombrante du M23 refait surface
Il aura suffi de quelques phrases, prononcées sur les plateaux de Top Congo et de Télé Tshangu, pour raviver un vieux débat que l’on croyait clos: à qui revient réellement la paternité politique du mouvement Afc/M23 ? José Makila, ancien vice-premier ministre sous Joseph Kabila, vient d’offrir malgré lui un aveu lourd de sens.
Sur Top Congo, d’abord, il peinait à désigner le Rwanda comme agresseur de la RDC, usant d’euphémismes et de détours sémantiques là où le monde entier parle unanimement désormais d’« invasion ». Mais c’est sa dernière sortie médiatique, face au très controversé Fabien Kusuanika, qui a fait l’effet d’un tremblement de terre politique. Ce sociétaire du FCC y affirmait que c’est grâce à Joseph Kabila que le M23 n’a pas conquis davantage de villes, après Goma et Bukavu, évoquant des « échanges » entre l’ex-chef de l’État et les responsables du mouvement.
Bien avant ces aveux tardifs, le président Félix Tshisekedi avait pointé du doigt la « main cachée » de l’ancien régime derrière la résurgence du M23. À l’époque, ses détracteurs avaient crié au procès politique. Aujourd’hui, les propos de Makila apportent un écho troublant à cette mise en garde présidentielle : celle d’une alliance inavouée entre Kigali et certaines figures de l’ancien pouvoir congolais, unies par des intérêts économiques et stratégiques dans la région des Grands Lacs.
Un aveu ? Une gaffe ? Ou une vérité longtemps dissimulée qui finit par s’imposer ?
En reconnaissant implicitement que Kabila entretenait un canal de communication avec les chefs du M23, Makila accrédite une thèse que le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo n’a cessé de rappeler : celle d’un lien organique, ancien et politique, entre l’ex-président congolais et les milices pro-rwandaises opérant dans l’Est.
Le M23, né des cendres du CNDP, a toujours été perçu comme un bras armé de Kigali, mais aussi comme un instrument d’influence au sein même du paysage politique congolais. Ce « double ancrage », à la fois externe et interne, expliquerait sa résilience et sa capacité à renaître malgré les défaites militaires. Or, la parole de Makila, fût-elle maladroite, semble venir confirmer que cette hydre a aussi trouvé, à une époque, protection et compréhension au sommet même de l’État congolais.
À Kinshasa, les observateurs n’ont pas manqué de relever la portée de ces déclarations. Car en reconnaissant que « Kabila a empêché le M23 de prendre d’autres villes et territoires», Makila admet aussi que ce dernier avait le levier nécessaire pour contrôler ou canaliser un mouvement officiellement à la solde des intérêts étrangers. Une posture ambiguë, qui jette une lumière crue sur les zones grises de la période post-2011, lorsque le pouvoir kabiliste oscillait entre négociation et connivence.
Aujourd’hui, alors que l’armée congolaise affronte à nouveau le M23 sur plusieurs fronts, et que Kigali nie toujours toute implication directe, ces révélations tombent comme un rappel brutal : le drame de l’Est n’est pas seulement le produit des ambitions expansionnistes, il est aussi le fruit de compromissions internes.
Une chronique signée Ne Kakinankaziko Mayola
